Où est passée la
légèreté de mes 21 ans...
Élimée par les 10
années qui viennent de passer, par les premières responsabilités,
les premières désillusions, par l'étonnante découverte de la
difficulté d'être adulte.
Un peu foulée aux pieds
par une kyrielle de menus tourments, et quelques grandes tristesses.
Diluée dans le
tourbillon d'une vie de jeunes parents, de jeunes actifs, de projets
aussi terrifiants dans le noir de la nuit qu'ils ne sont exaltants en
plein jour devant un café chaud.
Une légèreté en peau
de chagrin somme toute.
Mais si je fouille dans
mes souvenirs pour retrouver sa trace, si je devais identifier le
moment où je l'ai pleinement senti vibrer en moi, ce sentiment
d'invulnérabilité, de toute puissance aérienne devant l'immensité
des possibles de la vie, je dirais que c'était à Annecy...
Tétanisée par un froid
de loup, entourée par le gouffre d'une nuit d'hiver et pourtant les
joues rougies de bonheur, et des étoiles plein les yeux, en mordant
à pleines dents et pour la première de toute une vie dans un
biscuit de Savoie.
Un vrai, un moelleux, un
mousseux, un éthéré biscuit de Savoie... frais du jour et
délicatement poudré de sucre glace.
L'impression de déguster
un morceau de nuage et d'avoir la vie devant soi.
Alors dès que je veux
retrouver cette sensation, cette légèreté du moment qui reste
gravée en moi, je fais ce biscuit.
Alors bien sûr j'ai
vieilli, et en pure foodista bo-bio que je suis devenue, je l'ai fait
avec de la farine de riz, ma dernière trouvaille en date que je
mourrais d'envie d'étrenner...
Et j'y ai mis des raisins
secs, dans le vain espoir qu'ils pourraient le consteller d'étoiles,
mais bien entendu le désir de légèreté n'est pas soluble dans les
lois de la physique... et ils sont tous tombés au fond. Bien sûr.
Mais m'en fiche. Je les
voulais ces raisins secs.
Une vie de possibles j'ai
dit.
Le voilà donc, mon
morceau de nuage.
Ingrédients (pour
6 personnes)
PS : Je vous conseille
de prendre un moule de 20cm de diamètre seulement, pour que votre
biscuit soit bien gonflé et aérien...comme il se doit. Le mien est
un peu affaissé, puisque je me suis entêtée à utiliser un 26cm...
La recette est adaptée
du livre L'essentiel de la cuisine par Kitchenaid.
Foodista bo-bio j'vous
dis. Mais j'assume.
- 250 g de sucre en poudre
- 5 œufs
- 2 CS d'eau
- 1 pincée de sel
- 200g de farine de riz
- 60 g de raisins secs blonds préalablement trempés dans un bouchon de rhum.
Si vous êtes têtue
donc, faites tremper vos raisins secs dans le rhum une petite demie
heure avant.
Préchauffez votre four à
190°.
Mettez le sucre et un
oeuf entier dans le bol de votre robot, ainsi que les quatre jaunes
restants. Ajoutez l'eau et le sel et battez à pleine vitesse jusqu'à
ce que le mélange blanchisse et double de volume.
Montez les blancs
restants en neige ferme et incorporez la à votre appareil
jaunes+sucre.
Incorporez ensuite la
farine de riz, qui va faire un peu retomber l'ensemble, en soulevant
bien votre pâte à la maryse pour la garder légère.
Versez vos raisins secs
en tirant la langue mentalement à Einstein et les grands chefs
patissiers de ce Monde.
Mélangez délicatement
et versez dans un moule à manqué préalablement beurré.
Enfournez pour 30 à 40
min de cuisson, en fonction de votre four (vérifiez la cuisson avec
un pique en bois ou une aiguille).
Démoulez et laissez
refroidir sur une grille. Vous pouvez le saupoudrer de sucre glace...
Puis servez le thé. Et
partagez le nuage et ses miettes avec la personne qui a vraiment fait
de ce souvenir l'emblème d'une légèreté chérie.
Celui qui partage vos
jours et vos nuits depuis bientôt 10 ans.
Merci à Annecy, et à
tous ses biscuits de Savoie.





