Mistral Cooking

L'index des billets est arrivé !


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mardi 18 octobre 2011

Cake café, cardamome, amandes... ou le déni du principe de réalité


Il n'y a probablement rien de plus désespérant que de terminer un repas sur la lavasse généralement servie sous le nom d'emprunt de « café » circulant en vente libre dans une bonne majorité des restaurants et la totalité des distributeurs automatiques de boissons de France, de Navarre et d'ailleurs.
Au lieu de la promesse alléchante d'un goût puissant et corsé, d'un parfum envoutant qui vous fera passer un moment « try to remember » en entamant une valse avec Georges C., cet ersatz dissout jusqu'à plus soif toutes les saveurs des plats précédemment ingérés dans une avalanche d'insipidité affligeante et sous l'odeur âcre d'un truc vaguement brûlé (du pneu?).
Et pourtant j'y retourne, encore et toujours. Au lieu d'apprendre sagement ma leçon et de renoncer, je tente à chaque fois, avec à l'esprit ce stupide espoir de tomber sur un café, un vrai.
Un café comme un café turc, par exemple.
Brûlant, fort, sucré... et délicieusement parfumé à la cardamome.


Le café et la cardamome, c'est presque le yin et le yang tellement ils sont à la fois opposés et complémentaires : l'âcreté du café répond à la volatilité du parfum de l'épice, et leurs saveurs se mêlent en un mariage qui n'a rien de platonique.

Au nom de tous ces rendez-vous manqués avec le café de mes rêves à la fin des repas (ou du moins un qui soit digne de ce nom), il fallait bien un remède. Une petite vengeance. Comme je ne peux pas emporter ma cafetière (turque ou cloonesque selon mes envies) partout où je vais, le cake qui est né de cette frustration là, je vais me le trimballer... pour le goûter.
Un cake café, cardamome et amandes (Méditerrannée addict, sors de ce corps), donc.
Ou un bel exemple de déni puéril du principe de réalité... 





 


Ingrédients (pour 6 personnes)

  • 110 g de farine T45
  • 50 g de farine complète (T110 ici)
  • 100 g de poudre d'amandes
  • 2 gros œufs (environ 100 g donc)
  • 115 g de sucre fin
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • 1 sachet de levure chimique
  • 1 petit expresso bien serré
  • 2 cc de café lyophilisé
  • 200 ml de buttermilk (lait fermenté, ribot, lben, etc...)
  • 60 g de beurre fondu
  • 9 gousses de cardamome verte
  • Quelques amandes entières mondées

Battez les œufs et les sucres dans un saladier jusqu'à ce que le mélange blanchisse.
Ajoutez le buttermilk, le café et les cc de café lyophilisé et mélangez énergiquement en pensant à tous les mauvais cafés du Monde.

Faites fondre le beurre et réservez. Préchauffez votre four à 170°.

Dans un autre saladier mélangez les deux types de farine, la poudre d'amandes et la levure chimique.

Écrasez les gousses de cardamome avec ce qui vous passe sous la main (sauf la tête de votre conjoint je ne veux pas être taxée d'incitation à la violence, buvez un café plutôt) pour en extraire les graines et ajoutez les au mélange précédent.

Puis incorporez progressivement en mélangeant bien la farine dans le saladier œufs+sucre jusqu'à ce que l'appareil soit homogène. Finissez par y incorporer le beurre fondu et retouillez un coup.

Versez le dans un moule à cake beurré, posez par dessus les amandes mondées en décor et enfournez pour 50 min de cuisson (surveillez le, quitte à mettre un peu d'alu sur la fin pour qu'il ne colore pas trop).





Servez pour le gouter, pour le petit déjeuner, pour après la raclette, bref pour tous les moments où votre corps hurle « café »...
Certes légèrement plus calorique que le p'tit serré au bar du coin.
Mais il paraît qu'on ne jongle pas impunément avec le principe de réalité.
A ce compte là, la punition semble faire partie du principe de... plaisir.
Le yin et le yang j'vous dis.

jeudi 13 octobre 2011

Iles flottantes matcha, chocolat, pistaches


Quand on a comme moi un papa féru de gadgets high tech, la familiarisation avec les objets révolutionnant le quotidien est quasi innée : l'ustensile qui permet de râper le beurre en dentelle comme le fameux fromage « tête de moine », le cuiseur à œufs en silicone qui voit un œuf dans sa longue vie et ensuite beaucoup la poussière du placard, parce qu'on ne pense jamais à le sortir quand il faut...

Donc autant vous dire qu'un objet aussi banal qu'un micro ondes pour moi, c'est « old news » comme disent nos chers amis anglos-saxons, puisque nous avons fait connaissance vers le milieu des années 80.

Mais bien évidemment, comme tout objet révolutionnaire qui se respecte, son utilisation prolongée, encroûtés que nous sommes dans notre quotidien, finit par laisser peu de place à la créativité.

Donc, depuis quelques années maintenant, le micro ondes ici, c'est fait pour réchauffer le lait du matin (et béni soit il pour cela), les restes du repas de la veille et éventuellement en dernier recours pour décongeler un peu de pain (mais le pain congelé c'est loin d'être l'extase, et ça me privait de ma dose de vie sociale en tapant la discute avec le boulanger du coin, donc bof).
Sauf que, les voies de la découverte culinaire étant impénétrables, le hasard a voulu que je sois OBLIGEE d'utiliser mon vieil ami pour créer une recette entièrement réalisable au micro-ondes...

Et là, miracle.

La fameuse crème anglaise, si longue à faire à la casserole, si diva sur les bords puisque dès qu'on la quitte des yeux elle nous fait marron... Eh bien, plus d'excuse, en 3 min, l'affaire est faite, passons à autre chose (et d'ailleurs un grand merci à Tambouille pour cette recette qui s'est glissée sans mal dans le top Ten du rapport déliciosité-faisabilité-rapidité)

Une île flottante complète, en moins de temps qu'il n'en faut pour acheter le dernier it-bag de la saison sur Internet, voilà bien une vraie révolution de l'objet du quotidien.





Et en plus elle est jolie...

Ingrédients (pour 6 personnes)

  • 3 œufs
  • 65g de sucre fin
  • 250 ml de lait entier
  • 250 ml de lait demi écrémé
  • 1 CS de maïzena (environ 16 g)
  • 30 g de sucre glace
  • 1 poignée de pistaches décortiquées non salées
  • 30 g de chocolat noir extra à 70% de cacao

Faire chauffer les 2 laits mélangés dans un saladier adapté au micro ondes, environ 3 min à 850 Watts. Dans un autre saladier, fouetter vivement les 3 jaunes d'œufs avec le sucre, la CS de Maïzena et la cc de thé matcha jusqu'à ce que le mélange soit homogène.

Verser le lait en pluie sur le mélange en continuant à fouetter, puis remettre à cuire à 850 Watts pendant 1 min30.

Bien remuer, puis remettre encore 45 secondes de cuisson de plus (à adapter selon la texture de la crème et les micro ondes).

Laisser refroidir un peu la crème puis la filmer en posant bien le film directement au contact de l'aliment afin qu'elle ne forme pas une croûte désagréable en bouche.

Monter les 3 blancs en neige ferme au batteur électrique, puis les serrer en ajoutant le sucre en fin de battage.
Transvaser les blancs en neige dans un saladier, puis faire cuire à 750 Watts 3 fois 20 secondes. Réserver.

Enfin faire fondre le chocolat dans un ramequin au micro ondes 3 fois 20 secondes à 300 Watts, en mélangeant à chaque fois pour qu'il reste bien brillant.
Concasser grossièrement les pistaches au pilon (ou en les écrasant au rouleau à pâtisserie dans un sachet).
Puis disposer dans des coupes individuelles 1 louche et demie de crème anglaise au matcha, une quenelle ou 2 de blancs en neige. Verser le chocolat fondu à l'aide d'une petite cuillère, et saupoudrer de pistaches concassées.

 
Après c'est à l'appréciation de chacun, soit vous dégustez tout de suite avec avidité et peu de retenue, soit vous arrivez à faire preuve de maitrise de vous même en les laissant quelques heures au frigo, en attendant le prochain repas.
Auquel cas vous verserez au dernier moment le chocolat chaud et onctueux sur la crème délicatement rafraichissante...






Moi j'dis ça j'dis rien.
Bon je m'en vais essayer de retrouver le beurrier dentellière. Peu être qu'avec beaucoup de créativité, j'arriverai à faire du foie gras avec.

mardi 11 octobre 2011

Le steak à cheval joue à la dînette... ou la guerre des genres n'aura pas lieu

Une des choses à laquelle on n'est pas forcément préparé, lorsqu'on a des enfants – des filles du moins, parlons de ce que je connais... – et qu'elles commencent à grandir, c'est avoir à se réadapter à tout le package qui nous fit un jour battre le cœur à vitesse grand V, et sur lequel nous posons aujourd'hui notre regard désabusé d'adulte féminine (iste?) engagé dans la parité envers et contre tout, l'abolissement de tous les clichés d'éducation et « moi-de toute-façon-les-barbies-je-suis-contre ».

Oui vous allez être engloutie sous une avalanche de princesses minaudantes, oui vous allez passer de précieuses minutes à jouer à la dînette avec le set complet de 48 pièces et malheur si vous perdez le couvercle de la théière qui fait bien au moins 2 mm de diamètre, oui elle va un jour vous demander de façon exaltée si elle aussi peut avoir un aspirateur.

Alors certes vous aurez beau poser un regard patibulaire mais presque sur les tutus pailletés 2000% plastique, les robes qui tournent et les princesses en silicone taillées 110-30-20 en mensurations, vous aurez beau laisser échapper un reniflement de mépris devant les carcans sociaux qui vous rattrapent en assistant à l'enthousiasme de votre enfant vous racontant ce fameux aspirateur qui fait MÊME du bruit, tu te rends compte... eh bien au fond de vous, tout au tréfonds vous savez, là où se niche la plus sordide et humaine des mauvaises foi... vous sourirez avec bonheur en vous rappelant de comment c'était bien.

Comment c'était bien d'avoir une jupe qui tournait au temps où la Lambada faisait un carton.
Comment c'était bien de faire de la soupe au pissenlit et à la terre dans la porcelaine de Mémée.
Comment c'était bien de faucher le plumeau à poussière pour dire qu'en fait cette maison là c'est la mienne et que je suis grande.
Comment c'était bien de se rêver en Cendrillon, et même que sa robe bleue elle est vraiment trop trop belle.

Alors, en hommage à cet appendice de mauvaise foi et de souvenirs joyeux bien que politiquement incorrects et socialement inadaptés, la part d'enfant qui survit malgré tout en vous prendra le contrôle... et décidera de s'attaquer à un des symboles de la cuisine patriarcale de bistrot que d'abord ça a pas été créé pour les femmes en premier lieu.

J'ai nommé : le steak à cheval.

Un grand classique de votre bar-resto du coin. Le Dukan avant l'heure, l'assiette n'est composée que de protéines. Si on omet le quintal de beurre en parcelles pour faire revenir tout ça.
Et la garniture voyons, ce sera des frites n'est ce pas, de toute façon les légumes c'est pour les gonzesses... qui jouent à la dînette.

Eh bien voilà, une gonzesse qui joue à la dinette avec un steak à cheval (Google va se régaler sur celle là tiens...) ça donne ça :
on lui refait la façade nutritionnelle en prenant du veau plus maigre et en complétant avec du boulghour bien bo-bio, on le charge en épices et herbes fines parce que c'est mon jeu d'abord et je fais ce que je veux, et enfin on l'entoure de minis légumes kawaï et d'une compotée d'oignons rouges au vinaigre parce que si on n'a pas le droit de se la péter de temps en temps en notre propre demeure, quand peut on le faire?!?

En gros, pour vous donner une idée, ça ressemble à ça : 



 

Mais surtout, surtout.
Je me suis bien amusée.

Ingrédients (pour 5 personnes)

  • 500 g de veau haché
  • 60 g de boulghour moyen
  • 5 œufs de caille
  • 10 minis courgettes
  • 1 grosse carotte
  • 1 très gros oignon rouge frais (ou 2 moyens)
  • 30 g de beurre
  • 2 CS de vinaigre de framboise
  • 3 cc de sucre
  • 1,5 cc d'épices à keufta
  • 1,5 CS de coriandre hachée
  • Sel
  • Poivre


Éplucher la carotte et l'oignon, laver tous les légumes. Détailler la carotte en 4 ou 5 tronçons d'environ 3 à 4 cm.
Dans une casserole faire fondre 15 g de beurre, et y faire revenir l'oignon pendant 3 à 4 min sans coloration. Puis ajouter les CS de vinaigre, 2 cc de sucre et saler et poivrer, puis faire mijoter doucement à couvert pendant 20 min en remuant régulièrement pour que ça n'attache pas.

Pendant ce temps, déposer dans une poêle à plat les minis courgettes et les tronçons de carotte (ils ne doivent pas se chevaucher.) Les saupoudrer d'1 cc de sucre en poudre, les saler, mouiller à mi hauteur des légumes et déposer 15 g de beurre en petites parcelles par dessus. Faire étuver à feu très doux pendant 20 min avec un couvercle jusqu'à évaporation complète de l'eau, en tournant les légumes à mi cuisson afin qu'ils soient glacés sur les deux faces. Réserver au chaud.

Faire cuire le boulghour dans un grand volume d'eau salée pendant 10 min, et le rafraichir sous l'eau froide puis l'égoutter.

Une fois que toutes les cuissons sont terminées, verser le veau haché dans un saladier, ajouter le boulghour, les épices, la coriandre, saler et poivrer puis bien mélanger pour incorporer tous les ingrédients.

Reformer à la main des steaks moyens en tassant bien les ingrédients, puis découper à l'emporte pièce des formes ludiques à destination des enfants réels ou imaginaires (pour les adultes qui s'assument en tant que tels, les steaks peuvent être formés à la main et cuits dans la foulée).

Faire cuire les steaks dans une poêle anti-adhérente bien chaude environ 4 min par face. Réserver au chaud.

Dans la même poêle, faites cuire sur le plat les œufs de caille en les cassant dans un ramequin au préalable, pour ne pas casser le jaune (1 min seulement!!)

Pour dresser à l'assiette, disposer 1 steak retaillé, entourer de petits légumes glacés, de quelques tomates cerises et salade carmine pour la couleur, et d'un peu d'oignon confit au vinaigre.

Surmonter le steak de l'œuf de caille sur le plat, saler, poivrer et faire déguster sans attendre par de petites quenottes étincelantes (bon avec des gros crocs bridgés ça marche aussi !).




Et dire qu'il suffit de laisser les filles faire mumuse avec leur dînette pour acheter la paix sociale...

Bon ça y est, le petit monstre en vous a été apaisé par l'offrande, vous pouvez retrouver un comportement normal.
Je m'en vais de ce pas trouver un Toy's R' Us pour trouver un exutoire à mon indignation vertueuse.

mardi 4 octobre 2011

Chili con carne en vert et blanc... pour en finir avec le rouge et le noir !

Il est de certaines associations qui nous collent à la peau sans même qu'on s'en rende compte : costard-cravate, vanille-fraise, roméo-et-juliette...

Associées parce qu'elles étaient faites pour se rencontrer, elles finissent par tellement nous enferrer dans leurs clichés qu'elles causent notre perte.

Quel businessman n'a jamais rêvé d'aller au boulot en short et tongs (casual friday mon amour)? Quelle petite fille devenue grande n'a pas amèrement regretté tous les parfums manqués de la vie quand elle s'est aperçue à quel point elle commandait automatiquement du bout des lèvres une vanille-fraise, comme une vieille rengaine plus qu'usée?
Combien d'années passées à chercher dans la vraie vie une romance digne des Montaigu et des Capulet (dirty ending excepté) pour finir par se rendre compte, accoudée à un bar de speed dating à 19h30 un lundi, que Shakespeare se fout de la gueule du Monde depuis plusieurs siècles en toute impunité?

Certaines de ces associations sont tellement perverses qu'elles finissent par en devenir des malédictions.

Le rouge et le noir en est une.

Regardez ce qu'il est advenu de Julien? Ou encore de Jeanne?

A trop jouer avec le feu, on finit donc par se brûler, et à l'heure de réaliser un chili con carne, une peur superstitieuse m'a brutalement saisie.

Alors pour lever l'anathème, il était temps de lui donner d'autres couleurs.

Voilà donc sans plus de conneries attendre, un chili con carne en vert et blanc... pour rompre le charme !




Ingrédients (pour 6 personnes à l'aise blaise...)

  • 600 g de veau haché
  • 750 g de haricots blancs en conserve
  • 1 gros oignon blanc
  • 1 oignon vert frais avec sa tige
  • 1 CS d'huile d'olive
  • 2 gousses d'ail
  • ½ piment vert doux
  • 2 cc de chili en poudre (composé de : piment fort, paprika, ail, cumin, origan, girofle)
  • 1 cc de cumin moulu
  • 600 g de tomate ananas (la très grosse tomate toute jaune bien charnue, une m'a suffi pour atteindre les 600 g c'est vous dire)
  • 1 verre d'eau (environ 200ml, mais c'est plus au jugé qu'autre chose)
  • 1 cube de bouillon de légumes
  • Sel, poivre
  • QS de persil haché (ou toute autre herbe fraiche à votre convenance, perso je suis souvent coriandre addict... Mais pas là. Tu sais le truc habituel, « bien souvent femme varie... »)

Faites revenir les oignons hachés sans coloration dans l'huile d'olive dans une grande cocotte à fond épais. Ajoutez l'ail haché et laissez le exhaler son parfum... Puis ajoutez y le veau haché et faites dorer à feu assez vif, pendant quelques minutes.
Rajoutez les épices (chili et cumin), le piment coupé en petits morceaux, mélangez puis incorporez les haricots blancs égouttés.
Mélangez rapidement à nouveau puis couvrez du jus et de la pulpe de la tomate mixée au blender, et rajoutez le verre d'eau et le cube de bouillon émietté pour compléter afin de bien pouvoir mouiller à hauteur des ingrédients.
Laissez mijoter à couvert pendant une trentaine de minutes à feu moyen, en remuant de temps en temps pour que ça n'attache pas.

En fin de cuisson, salez et poivrez à votre goût.

Au moment de servir, versez le persil haché dans les portions individuelles et mélangez, puis dégustez fumant et en savourant chaque salve délicate du piment...




Parce que oui, un chili en vert et blanc, c'est donc pas rouge comme son nom l'indique, mais ça pique quand même.
Mais bon grâce à lui, j'ai tout de même exilé ma peur.
Et c'est déjà beaucoup.

vendredi 23 septembre 2011

Les Kanelbullar du dimanche... ou l'Attente en pile et face

Je me rends bien compte que ce billet va être publié un vendredi et non un dimanche, mais la recette qui suit fait partie des petits bonheurs du quotidien allant nécessairement de pair avec le fameux jour de repos bien mérité, un peu emmitouflé dans un châle en observant les premières brumes de l'automne arriver.

L'attente est un phénomène étrange, un sentiment que notre état d'esprit peut manier à pile ou face selon le contexte.

Il y a l'attente pleine de « in », celle qu'on redoute autant qu'on la craint, synonyme presque exact des termes suivants : inquiétude, inaction, instabilité, insatisfaction, inadéquation. C'est l'attente des résultats du bac, l'attente d'un diagnostic, d'un changement professionnel peu souhaité. C'est l'attente d'une nuit auprès d'un enfant dont la fièvre ne veut pas baisser.

Puis il y a cette attente pleine de « a », celle dont on sait qu'on sortira vainqueur, au final, celle qui récompense notre patience et qui évoque : achèvement, accomplissement, apaisement, aboutissement, avantages. C'est l'attente de l'apéro qui fête les résultats du bac, c'est l'attente du printemps et des premiers coquelicots (ou de l'automne pour ceux qui aiment les marrons d'ailleurs), c'est l'attente d'une naissance, c'est l'attente de « devenir grand ». Et c'est aussi l'attente apaisée de la levée d'une brioche dodue et moelleuse, attente d'autant plus sereine qu'on la sait nécessaire et tellement rémunératrice une fois la brioche croquée...

A l'aube d'un changement important, de cette attente-in en ce dimanche un peu voilé, il me fallait traiter le mal par le mal pour tromper mon angoisse.

Les kanelbullar ont donc été mon remède : pétrissage (regardé seulement cette fois puisque c'est la machine qui a bossé...), levée, abaisse, façonnage, cuisson... autant de temps de pause qui m'ont aidé à oublier ce que j'attendais.

Et le parfum de la cannelle chauffée pour couronner le tout, profondément enfouie dans une brioche fondante. C'était ce qu'il fallait.






Ingrédients (pour une douzaine de kanelbullars)

J'ai utilisé comme base de brioche la recette de la brioche roulée aux raisins de Cathy Ytak, tirée de Pain Maison. Elle est peu beurrée et assez légère, ce qui va bien lorsqu'on l'utilise comme anti-stress... (rapport à la quantité ingérée évidemment).
Pour la garniture, c'était au pif, et j'utilise le terme « kanelbullar » assez librement pour évoquer ces petites brioches suédoises à la cannelle. Les miennes n'étaient pas spécialement traditionnelles, mais c'étaient des brioches et elles étaient à la cannelle. Voilà. Licence poétique ça s'appelle. Ou autorité bloguesque. Ça dépend du point de vue, quoi... (Encore un exemple de la relativité en toutes choses, bah finalement elle n'est pas prête de s'éteindre...)

Si vous souhaitez des « kanelbullar » plus authentiques, je vous conseille d'aller voir chez Camille. Bien sûr. Ou d'aller chez Ikéa.

Pour la pâte à brioche :
  • 130 ml de lait
  • 350 g de farine T45
  • 1 oeuf battu en omelette
  • 20 g de levure fraîche
  • 1 cc de sel fin
  • 40 g de beurre
  • 30 g de sucre

Pour la garniture :
  • 20 g de beurre fondu
  • 70 g de cassonade
  • 3 à 4 cc de cannelle moulue (oui j'avais besoin de beaucoup de réconfort...)
  • 1 jaune d'œuf délayé dans un peu d'eau pour la dorure

Mettez tout dans la MAP à part le beurre, préalablement coupé en petites parcelles. Lancez le programme pâte seule, une fois que le premier pétrissage est terminé incorporez les morceaux de beurre et laissez faire votre copine.

Une fois le programme terminé, sortez délicatement la pâte et appuyez dessus gentiment pour la dégazer sur un plan de travail fariné.
Étalez là en rectangle, badigeonnez ce rectangle au pinceau du beurre fondu refroidi, versez la cassonade en pluie et saupoudrez de la cannelle.
Roulez le rectangle sur lui même en un gros boudin et découpez le en tranches d'environ 2 à 3 cm d'épaisseur.

Disposez chaque escargot ainsi formé sur une plaque recouverte de papier sulfurisé, badigeonnez les de jaune d'œuf et laissez lever 30 minutes de plus à l'abri des courants d'air et de votre stress.

Enfournez dans votre four préchauffé à 180° et laissez cuire 12 à 15 min. si vous voulez des brioches pas trop dorées (c'est mon cas et mon four est très traître avec la dorure à l'œuf).

Laissez refroidir sur une grille.
Servez encore tièdes avec un bon thé le regard perdu sur les gamins qui s'égayent dans le jardin.





Une fois la brioche terminée, le dimanche aussi s'achève et la vie reprend son cours frénétique.
L'attente-in est terminée également.
On est prêts pour une nouvelle semaine. Et pour un nouveau dimanche.

PS : pour ceux que ça intéresse vaguement, il était question d'un retour imminent à la vie dite active dans ce post là.
Bon ben en fait j'attendais une réponse essentielle, de celles qui vous disent un beau : « oui chère madame, vous pouvez avoir une nouvelle chance ».
Donc en définitive, ce sera pas si corporate que ça : à 27 ans passés 4 fois, je retourne ce lundi sur les bancs de l'école.

En CAP Cuisine, formation pour adulte.

Quant à savoir si c'est une folie... ou pas, si ce sera bien... ou pas, si c'est le bon choix, si je serais à la hauteur de mes ambitions pour les projets dont fourmille ma tête, je crois bien qu'il va encore falloir... Attendre.

mercredi 21 septembre 2011

Le Kouglof... ou le fétichisme culinaire fait brioche

C'est une affection très sérieuse que le fétichisme culinaire...

En regardant attentivement, on peut parfois apercevoir une de ses victimes errant sans fin dans les magasins professionnels dédiés à la gastronomie, en arrêt devant la courbe d'un moule à cannelé dont les reflets cuivrés l'émerveillent, retenant son souffle devant l'impression de puissance qui peut émaner d'un presse ail ergonomique entièrement chromé...
Ou encore, par l'entrebâillure de la porte de l'office, vous pourriez la surprendre extatique devant la brillance et la texture des si poétiques « becs d'oiseau » qui se sont formés au bout de son fouet, ou monologuant sans s'en rendre compte sur la façon parfaite dont la cuillère en bois est délicatement nappée de crème anglaise fraiche.

Le fétichisme culinaire peut sévir à la fois sur un objet et sur son contenant.
Et comme toute déviance qui se respecte, il arrive parfois que toutes les conditions soient réunies pour qu'une situation donnée forme un cas d'école de la pathologie en question.

C'est malheureusement le cas du Kouglof (ou Kugelhopf pour les puristes).

Le Kouglof est un piège sans fond pour tous ceux qui souffrent en silence de ce mal, tant par la beauté des moules qui sont nécessaires à sa réalisation que par le design parfait de la brioche une fois démoulée : l'arrondi à la Michel Ange des cannelures sur la pâte cuite, les amandes qui s'offrent voluptueusement sur le dessus, et enfin le nuage de sucre glace qui vient donner à l'ensemble une perfection digne... du plus délicieux des enfers.

Dans Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde nous dit « le plus sûr moyen de résister à la tentation est d'y succomber ».

Je pense qu'il aimait passionnément le Kouglof. Et tout ce qui va avec.





Ingrédients (pour un moule de 22cm, ou plusieurs petits Kouglofs si la miniaturisation vous procure un rush encore plus intense...)

La recette, qui venait à point nommé ce mis ci dans le dernier Elle à Table, vient de Christophe Felder, Alsacien d'origine dont les parents tenaient une boulangerie-pâtisserie à Schirmeck... On peut en déduire que le monsieur sait parfaitement de quoi il parle.
Je vous la retranscris donc mot pour mot. Les mentions en italiques sont mon retour d'expérience sur la chose...

Pour le levain :
  • 100 g de farine
  • 20 g de levure fraiche de boulangerie
  • 7 cl d'eau tempérée

Pour la pâte :
  • 450 g de farine + 1 CS
  • 100 g de raisins secs
  • 2 CS de rhum
  • 25 cl de lait entier
  • 2 oeufs
  • 80 g de sucre en poudre
  • 10 g de sel fin
  • 125 g de beurre très ramolli
  • 50 g d'amandes entières non pelées
  • QS de sucre glace

Mélangez les ingrédients du levain dans un saladier avec une spatule. Recouvrez avec 450 g de farine. Ne mélangez pas, et laissez simplement lever pendant 1 h à température ambiante.
Faites macérer les raisins dans le rhum pendant cette même heure.

Dans le bol d'un robot (autre piège classique mais pour le moins efficace du fétichiste culinaire), versez le levain et la farine, ajoutez le lait, les œufs, le sucre et le sel. Mélangez avec le crochet du robot pendant 10 min, en commençant à vitesse lente et en finissant 3-4 min à vitesse rapide. Vous devez obtenir une pâte lisse et élastique qui se décolle bien des parois (si vous avez réglé correctement votre robot afin que le fouet descende assez bas pour bien incorporer tous les ingrédients... passons)

Incorporez ensuite le beurre mou et continuez de mélanger à vitesse rapide. Égouttez les raisins, ajoutez les à la pâte et mélangez bien le tout au robot.
La pâte ne doit pas coller aux doigts (je dirais que ça a bien pris 10 min de pétrissage pour que la pâte colle de moins en moins, et encore si ça se trouve j'aurais pu continuer encore un peu... Mais bon c'était mon premier Kouglof et j'ai eu les jetons... Je ne voulais pas me faire jeter dès le 1er rencard.)

Saupoudrez cette pâte avec la cuillère à soupe de farine, enveloppez la d'un torchon propre et laissez la reposer 1 h à température ambiante. (Et résistez à la tentation de soulever le torchon pour admirer votre ouvrage et humer la bonne odeur de levure fraiche)
Ce temps écoulé, retravaillez rapidement la pâte sur un plan de travail fariné pour la faire dégonfler.

Beurrez soigneusement le moule à kouglof, si possible avec un pinceau (en étant particulièrement généreux sur le cône central du moule), et disposez une amande (préalablement trempées 10 min dans un verre d'eau pour éviter qu'elles ne brûlent à la cuisson) dans chaque sillon sur le fond du moule. Façonnez la pâte en boule et disposez la dans le moule.

Laissez la lever jusqu'à ce qu'elle dépasse des bords de 2 bons centimètres (ce qui prend en général une autre bonne heure... j'avais couvert mon moule avec le torchon, ce qui a hâté un peu plus la pousse du coup mon kouglof a un peu trop monté. Mais je lui ai pardonné dès le 1er regard)

Préchauffez votre four à 150°-160° pendant 30 min (ici 160° pendant juste 10 min, rapport au fait que j'avais oublié de le prévoir et qu'il dépassait déjà du bord de 4 bons centimètres!!)

Laissez cuire le kouglof entre 35 et 45 min (ici 42 min allez...), en le surveillant de temps en temps. S'il colore rapidement couvrez le d'un papier d'aluminium (exact, je n'allais pas laisser mon four antique brûler mon œuvre, on n'est pas complètement dans le Portrait de Dorian Gray non plus...)

Sortez le du four et démoulez le alors qu'il est encore chaud (et bien du plaisir mes bonnes gens, entre la possibilité de casser le moule, la brioche ou de se brûler au 3ème degré).

Laissez refroidir complètement et saupoudrez d'un voile de sucre glace.





Verdict : goûté dans les deux heures, ce fut un moment absolu où le fantasme a rejoint la réalité. C'était vraiment aussi bon que ce que je l'avais si longtemps rêvé, bien que moins sucré que dans mon imagination. Après un jour de vie, l'animal rassit quand même très vite mais demeure un hôte de choix pour le petit déj. Au delà il paraît qu'il fait une fantastique brioche perdue. Il paraît.

Voilà.
Après la première transgression, le fétichiste culinaire ne peut plus retourner dans sa boîte. Il va falloir qu'il assume ce qu'il est, qu'il le vive au grand jour.

Prochain passage à l'acte envisagé : le panettone. Mais pour cela il faut se mettre en quête d'un moule ad hoc (bien moins joli que celui du kouglof certes, mais le produit fini... quelle merveille).

Ainsi commence la quête du F.C.A.
Le Fétichiste Culinaire Assumé.

Souhaitons lui bon vent, et espérons que ses brioches, cannelés, entremets, mijotés et autres transgressions lui apportent enfin la plénitude que chacun se doit de chercher.
Ou alors de façon plus décontractée : « Va, vis et bouffe bien! »

Edit de l'étourdie que je suis : Une superbe recette "Foodanimée" du non moins superbe blog de Bwak, J'veux être bonne, publiée aujourd'hui même!! Vous n'avez vraiment plus aucune excuse pour ne pas succomber à la tentation...
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