Il
n'y a probablement rien de plus désespérant que de terminer un
repas sur la lavasse généralement servie sous le nom d'emprunt de
« café » circulant en vente libre dans une bonne
majorité des restaurants et la totalité des distributeurs
automatiques de boissons de France, de Navarre et d'ailleurs.
Au
lieu de la promesse alléchante d'un goût puissant et corsé, d'un
parfum envoutant qui vous fera passer un moment « try to
remember » en entamant une valse avec Georges C., cet ersatz
dissout jusqu'à plus soif toutes les saveurs des plats précédemment
ingérés dans une avalanche d'insipidité affligeante et sous
l'odeur âcre d'un truc vaguement brûlé (du pneu?).
Et
pourtant j'y retourne, encore et toujours. Au lieu d'apprendre
sagement ma leçon et de renoncer, je tente à chaque fois, avec à
l'esprit ce stupide espoir de tomber sur un café, un vrai.
Un
café comme un café turc, par exemple.
Brûlant,
fort, sucré... et délicieusement parfumé à la cardamome.
Le
café et la cardamome, c'est presque le yin et le yang tellement ils
sont à la fois opposés et complémentaires : l'âcreté du café répond à la
volatilité du parfum de l'épice, et leurs saveurs se mêlent en un
mariage qui n'a rien de platonique.
Au
nom de tous ces rendez-vous manqués avec le café de mes rêves à
la fin des repas (ou du moins un qui soit digne de ce nom), il
fallait bien un remède. Une petite vengeance. Comme je ne peux pas
emporter ma cafetière (turque ou cloonesque selon mes envies)
partout où je vais, le cake qui est né de cette frustration là, je
vais me le trimballer... pour le goûter.
Un
cake café, cardamome et amandes (Méditerrannée addict, sors de ce
corps), donc.
Ou
un bel exemple de déni puéril du principe de réalité...
Ingrédients
(pour 6 personnes)
- 110 g de farine T45
- 50 g de farine complète (T110 ici)
- 100 g de poudre d'amandes
- 2 gros œufs (environ 100 g donc)
- 115 g de sucre fin
- 1 sachet de sucre vanillé
- 1 sachet de levure chimique
- 1 petit expresso bien serré
- 2 cc de café lyophilisé
- 200 ml de buttermilk (lait fermenté, ribot, lben, etc...)
- 60 g de beurre fondu
- 9 gousses de cardamome verte
- Quelques amandes entières mondées
Battez
les œufs et les sucres dans un saladier jusqu'à ce que le mélange
blanchisse.
Ajoutez
le buttermilk, le café et les cc de café lyophilisé et mélangez
énergiquement en pensant à tous les mauvais cafés du Monde.
Faites
fondre le beurre et réservez. Préchauffez votre four à 170°.
Dans
un autre saladier mélangez les deux types de farine, la poudre
d'amandes et la levure chimique.
Écrasez
les gousses de cardamome avec ce qui vous passe sous la main (sauf la
tête de votre conjoint je ne veux pas être taxée d'incitation à
la violence, buvez un café plutôt) pour en extraire les graines et
ajoutez les au mélange précédent.
Puis
incorporez progressivement en mélangeant bien la farine dans le
saladier œufs+sucre jusqu'à ce que l'appareil soit homogène.
Finissez par y incorporer le beurre fondu et retouillez un coup.
Versez
le dans un moule à cake beurré, posez par dessus les amandes
mondées en décor et enfournez pour 50 min de cuisson (surveillez
le, quitte à mettre un peu d'alu sur la fin pour qu'il ne colore pas
trop).
Servez
pour le gouter, pour le petit déjeuner, pour après la raclette,
bref pour tous les moments où votre corps hurle « café »...
Certes
légèrement plus calorique que le p'tit serré au bar du coin.
Mais
il paraît qu'on ne jongle pas impunément avec le principe de
réalité.
A
ce compte là, la punition semble faire partie du principe de...
plaisir.
Le yin et le yang j'vous dis.
































