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dimanche 4 septembre 2011

Les farcis du panier...ou le lien social 2.0


Ce n'est pas forcément que je surestime automatiquement la capacité stomacale de mes pauvres convives...
C'est bien évidemment surtout un truc de culture.

La cuisine du bassin méditerranéen, pas de scoop ici, est une cuisine familiale par excellence.

Les régions dites « latines » ont des siècles de comportement acquis quant à la nécessité pour une cuisinière de savoir faire face au débarquement de solides gaillards affamés qui il y a un moment sarclaient ensemble le champ d'à côté sous un soleil de plomb, ou pêchaient au chalutier les sardines alors innombrables de la Grande Bleue.
Gaillards qui étaient généralement les frères de la cuisinière en question, tous mariés et qui amenaient avec eux le dimanche leurs femmes très enceintes, et la nuée d'enfants poussiéreux mais hilares qui avaient précédé celui actuellement dans le tiroir.

Bien sûr cette image d'Epinal loin d'être idéalisée par ailleurs – la misère frappait fort en ces temps là, donc manger à sa faim ET en avoir à donner aux voisins c'était le luxe – n'a plus cours aujourd'hui et ce depuis un bail.

Et effectivement, je ne fais pas partie d'une tribu innombrable de frères et sœurs, mon seul lien concret avec la terre est de pester quand j'en retrouve dans mon salon parce que mes filles ont fait leur « soupe », et je ne connais pas le nom du rafiot (qui n'en est probablement pas un) qui a pêché les sardines (de plus en plus petites au fil des années d'ailleurs) achetées au supermarché.

Et pourtant cette survivance là, j'y tiens.
Parce que derrière le désir tout personnel de recréer une tribu, derrière cet amour aujourd'hui si tendance du « vieux », de « l'authentique » du « c'était mieux avant non? » (« t'as vu c'est trop vintage!! »), eh bien il y a le sentiment vrai que le lien social s'établit avant toute chose par la cuisine.

Se nourrir et surtout nourrir les autres est l'étape première de la communication, et autour d'un plat partagé se créent les affinités et les discordes (« foutrement trop salé, moumoune ») qui font, comment dire... le sel de la vie.

Quant aux origines des plats à partager, il est vrai aussi que c'est la culture des « restes » qui joue ici : ne rien gâcher, ne rien perdre, et essayer de faire du bon avec ce qu'on a sous la main, ce qui est source d'un grand dynamisme culinaire... tout comme d'un bon nombre de ratages mais ça aussi après tout ça crée du lien (« ah la dispute de 1971...! »)

Les farcis, plat ô combien de saison, rassemblent les deux caractéristiques que j'évoque ici.
On ne fait pas un seul et unique légume farci, non. Ça n'existe pas.
On fait les farcis avec les légumes de fin d'été dont on a soupé (et après un été inondé de courgettes, de poivrons et d'aubergines il faut turbiner pour trouver de nouvelles façons de les accommoder) et avec l'optique d'en distribuer autour de soi, parce que les farcis... eh bien c'est comme ça.

Ça se mange chaud, ça se mange froid, ça se mange dans une gamelle ou dans un plat, les farcis c'est tout simple, c'est pas bégueule et surtout ça se partage... eh bien les voilà.





Ingrédients (pour 8 personnes ?)
Outre celle présente de façon quotidienne dans mon salon, j'essaie de me reconnecter avec la Terre grâce à Seconde Nature pour recevoir un panier bio de saison toutes les semaines, c'est donc de là que provient la recette originelle du pâtisson farci... que j'ai un peu modifiée, puisqu'une aubergine et deux poivrons passaient par là aussi... et que les quantités... eh bien on ne pas revenir sur la question.
Mais un grand merci tout de même à Valérie pour cette excellente idée, et la découverte de ce curieux légume à la forme de courge et au goût d'artichaut! Si vous voulez voir l'original de la recette, c'est par ici...

  • 1 grosse aubergine
  • 2 poivrons rouges
  • 1 tomate
  • 1 gros oignon blanc doux
  • 2 gousses d'ail
  • 2 poignées de chapelure
  • 1 œuf
  • 2 CS de persil haché
  • 1 CS de coriandre
  • 1 CS d'huile d'olive + 1 cc de beurre clarifié (ou beurre normal)
  • 3 cc de cumin moulu
  • sel, poivre
  • 500 g de bœuf haché
  • 500 g de chair à saucisse

Après avoir lavé tous vos légumes, découpez un chapeau au pâtisson, enlevez les graines et creusez le un peu. Puis mettez le dans l'eau bouillante pour 5 minutes (j'ai mis 2 minutes seulement c'est un peu juste car la peau de ce légume est très épaisse...). Égouttez le et réservez.

Découpez un chapeau à l'aubergine (laissez lui son pédoncule c'est plus joli...). Creusez la chair sans entailler la peau, réservez la pulpe, salez l'intérieur de l'aubergine et renversez la sur du papier absorbant le temps de faire le reste...

Découpez des chapeaux aux poivrons et enlevez les pépins et parties ligneuses. Réservez.

Mélangez votre bœuf haché et votre chair à saucisse, une occasion en or de patouiller.

Hachez l'oignon avec l'ail, la tomate et la chair de l'aubergine.
Faites fondre le beurre et l'huile dans une sauteuse à bords hauts et faites revenir ce hachis à feu un peu vif pendant 3 minutes.
Ajoutez le cumin en poudre et mélangez.
Versez le mélange des deux viandes hachées et faites revenir toujours à feu un peu vif en remuant bien pour que la viande dore un peu.

Préchauffez votre four à 180° chaleur tournante.

Faites cuire environ 5 à 8 minutes, puis ajoutez la chapelure, mélangez.
Hors du feu, ajoutez l'œuf entier, puis les herbes fines hachées.
Salez, poivrez.

Puis farcissez vos légumes... et la petite cocotte violette qui se trouvait là puisqu'il y avait trop de farce pas assez de légumes.

Tassez bien, remettez les chapeaux à tout le monde et enfournez pour 30 à 40 minutes de cuisson (selon les fours).

Servez chaud, froid, mangez ça tout seul en boudant ou avec votre famille, vos voisins,vos amis.
Mais surtout, surtout. Parlez en.







PS : mais bon ne parlez pas que de la croûte du pâtisson qui est vraiment trop épaisse pour être consommée par quelqu'un d'autre qu'une chèvre... auquel cas la dispute de 1971 pourrait se voir purement et simplement détrônée.

lundi 2 mai 2011

Il vous manque pas une case?

L'Homme a la case qui le démange, c'est ethnologiquement intrinsèque chez lui. Ça date du temps où il fallait bien sûr très rapidement identifier chaque élément du Monde qui l'entourait afin de déterminer son taux de dangerosité ou sa neutralité potentielle. Une simple question de survie en définitive.


Du style : « truc poilu avec de grosses dents » = possible prédateur, sors ton silex.
« plante ou herbacée où la couleur rouge prédomine » = pourrait être comestible mais risque de désordre intestinaux, prudence.
« truc poilu qui me prépare à manger » = ma femme, pas de danger.

Bien sûr, ces temps là sont révolus, nous n'avons des poils que par choix, les attaques de tigres à dents de sabre se font de plus en rare, et nous savons qu'un champi à dominante rouge risque de nous filer la courante du siècle.
Mais la manie de tout ranger dans des cases (et il faut que ça rentre hein!) nous est malheureusement bien restée.

Dans notre Monde, « généraliste » c'est un gros mot. Une aberration de la nature. Une espèce à traiter avec la plus grande méfiance, parce que justement ce chiendent là ne veut pas se laisser enfermer dans une petite boîte facile à labelliser, et ça c'est louche.
Crime de lèse majesté presque, si on n'avait pas décapité nos rois en tout cas ce le serait.

Celui qui ne rentre pas bien dans les cases, c'est pire qu'un anarchiste aux yeux de la société, que diable on ne peut même pas le nommer pour immédiatement légiférer contre lui et le mettre aux arrêts.

Diners mondains : « Et vous, vous faites quoi dans la vie? » Si la réponse ne rentre pas dans un cadre de 6 à 16 lettres, vous êtes cuits on vous réinvitera pas.

Interviews RH : « Définissez vos qualités en 3 mots ». Et si votre nature incroyablement riche ne peut se résumer à 3 phonèmes, c'est que vous portez en vous le gène de la dissidence synthétique, passez directement par la CASE Pôle Emploi.

Au Pôle emploi : Désespéré de ne pas pouvoir trouver une case adéquate à votre situation (intermittent du spectacle/ramasseur de figues l'été, parent en congé parental/vendeur sur le marché le samedi), vous vous tournez plein d'espoir vers la mention « Autre : …. ». Erreur, c'était un piège, votre nature profondément perverse à été enfin mise à jour, allez voir sous le pont s'ils y sont.

Et là enfin on peut vous ranger dans la case « SANS ».
Sans famille (qui veut d'un(e) « incasable »?!)
Sans amis (t'es plutôt ACDC ou Pierre Perret? « Comment ça les 2...? (rictus dédaigneux) »)
Sans emploi (« éclectique ça n'est pas un métier, Monsieur »)
Sans Assédic et donc pour finir sans domicile fixe.

Bon c'est pas non plus la mort me direz-vous, les incas(s)ables font ce qu'ils font depuis la nuit des temps. Ils filoutent, ils se déguisent, parfois se résignent.

Attendant patiemment leur heure, lorsque le Monde aura enfin compris qu'on peut parfois s'intéresser à tout sans ce que ça ne veuille dire « à rien », qu'on peut savoir faire plein de choses sans devoir pour autant étiqueter nos compétences comme on numérote des abattis, qu'on peut aimer la poire et le fromage parfois même ensemble... en bref qu'on est « généraliste ».

Au sens étymologique : « qui ne se limite pas à un domaine spécialisé ».

Bon en illustration sonore je ne vous infligerai pas Décalé de notre cher Patrick.
Je préfère rester sur Philippe. Que ceux qui ont mauvais esprit me laissent un commentaire, j'aime bien frayer avec mes semblables.

NB : Vous trouverez ce blog à la catégorie « Cuisine » du classement Ouiquio. Je trouve que c'est sa juste place.

samedi 9 avril 2011

Sablé breton rhubarbe framboise chocolat blanc : Bluffant !

Oui, bluffant. Tellement bluffant que la recette est réussie même quand elle est ratée! Les preuves ci-dessous.

Je vous avais déjà parlé des Leçons de pâtisserie N°3, de Christophe Felder, qui porte sur les pâtes à tarte en tous genres (d'ailleurs, je vous dois une recette de pâte brisée).

Ici c'est le fameux sablé breton (la texture type Roudor, à se damner...) qui sert de base à cette tarte, rafraichissante et printanière. Un délice presque diététique, si on omet le sablé et le chocolat blanc (mais comme dirait l'autre, « nobody's perfect »!).

Ingrédients :

Pour la pâte :
  • 3 jaunes d'œufs (faites des macarons avec les blancs! Ou jetez les, on n'a pas toujours le temps de ses ambitions...)
  • 130 g de sucre semoule
  • 150 g de beurre mou (les anciens le mettaient près du poêle. Évitez trop près du radiateur, sous peine de repeindre le mur couleur « beurre fondu »... ça sent le vécu)
  • 200 g de farine (T45 ici)
  • 1 pointe de cc de sel fin
  • 1 sachet de levure chimique

Pour la compote pomme rhubarbe :

Attention : Les proportions sont ici données telles que réalisées dans la vraie vie des vrais gens ayant des marqueurs génétiques (ainsi que de fortes pressions culturelles) qui les incitent à cuisiner toujours pour 8 adultes alors qu'en vrai on est que 2. Et 2 gnomes.
Si vous avez la chance d'avoir échappé à ça, divisez les proportions par 2, voire 3, sous peine de manger de la compote de rhubarbe à vos 5 prochains petits déj.

  • 1 kg de rhubarbe, très fraiche (ici elle était à -18°, en parfait état de cryogénisation)
  • 6 pommes acidulées (ici c'étaient des Pink Crips, le panier bio a encore frappé)
  • 65 ml de sirop d'érable
  • 85 g de cassonade

Pour le décor du sablé :

  • 500 g de framboises fraiches ou surgelées (si surgelées, pensez bien à les mettre au frigo 3 à 4 heures avant de monter votre tarte)
  • 80 g de chocolat blanc

Faites d'abord la pâte, puisqu'elle nécessite un temps de repos d'au moins 2 heures au réfrigérateur. M. Felder la fait à la main, la grande flemmarde que je suis l'a faite au robot, et devinez : ça marche aussi!

Donc, dans le bol de votre robot de type K..., muni du fouet ballon, fouettez ensemble les jaunes et le sucre semoule jusqu'à ce que le mélange blanchisse, soit mousseux et forme un joli ruban.
Puis incorporez le beurre ramolli, et là changez le fouet pour la feuille.

Mélangez à vitesse moyenne de manière à homogénéiser l'ensemble.
Puis versez dessus la farine, la levure chimique et le sel, préalablement mélangés (tout pâtissier qui se respecte vous dira de les tamiser avant, à vous de voir, en fonction du poil que vous avez dans la paume et de votre humeur...)

Mélangez à vitesse lente, afin de bien incorporer la farine, et ce jusqu'à ce que la pâte commence à s'enrouler autour autour du batteur.
Ramassez la en boule, filmez et au frigo pendant les 2 prochaines heures.

Pendant ce temps, faites votre quintal de compote.
Pelez les pommes et coupez les en cubes, mélangez à la rhubarbe (c'est là que c'est pratique le surgelé...), versez dans le faitout le sirop d'érable, la cassonade, la vanille liquide et la cannelle.

Faites mijoter sur feu doux environ 30 minutes, en mélangeant de temps en temps (et en jurant lorsque vous vous apercevez qu'elle a débordé sur votre cuisinière fraichement nettoyée – faute au couvercle laissé négligemment trop longtemps)

Éteignez le feu et laissez refroidir. Puis réservez au frais.

Sortez la pâte du frigo 10 minutes avant de la travailler, pour qu'elle soit bien facile à étaler.

Étalez comme vous pouvez en une espèce de rectangle (admirative que je suis de ces rectangles parfaits des maîtres pâtissiers, le mien mérite à peine le nom de parallélépipède), et découpez dans ce rectangle un disque de pâte (ici de 20cm de diamètre).

Là, M. Felder indique bien de LAISSER le cercle à pâtisserie en place avant d'enfourner dans votre four à 180°.

Je n'ai pas eu envie de risquer la peau de mon cercle à mousse que je croyais incompatible à la chaleur, et vu que je ne suis pas un restaurant à moi toute seule, je n'ai pas 18 emporte pièces de 4cm pour faire des mini tartelettes.

Donc je ne l'ai pas fait. Et j'ai enfourné pour 15 à 20 minutes de cuisson.

Et là évidemment, il m'a fait le coup de la marguerite...

Bon, comme on va pas non plus se laisser faire par un sablé breton, même feldérien, je lui vite retaillé un costard dès la fin de cuisson pour avoir une base bien nette, et j'ai même réussi à sauver 4 mini tartelettes... 
 


Et les chutes sont recyclés en sablés bretons individuels free-style (Rorschach express : il vous fait penser à quoi, celui en haut à droite?).



Laissez refroidir le sablé. Entre-temps, faites fondre le chocolat blanc (dans le four encore chaud ça marche très bien)
Une fois que le sablé est à température ambiante, tartinez le au pinceau avec votre chocolat fondu (ça imperméabilise la base et c'est meilleur que le blanc d'œuf, que demande le peuple?)

Une fois que le chocolat a de nouveau durci, répartissez votre compote de rhubarbe.
Décorez de framboises.

Saupoudrez de sucre glace, pour que ce soit joli (sur la photo il a été absorbé par l'humidité des framboises surgelées, damn you Picard!!)

 Et là, l'acidité de la rhubarbe et de la framboise tempérée par le bon goût de beurre et la couche craquante de chocolat blanc, wouah !

Lâchez les fauves.


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