Le temps des cerises est depuis longtemps terminé, Août s'en est allé sur la pointe des pieds, et avec eux se termine également une période de ma vie.
Une période un peu étrange, remplie de beaucoup de rires et d'autant de colères d'enfants, de couches et de petits bobos, d'un train train quotidien presque immuable axée sur elles, de cette espèce de solitude accompagnée quand elles étaient à elles seules mes uniques interlocutrices de la journée...
Une période hors du temps, hors du siècle presque, tellement elle pouvait me déconnecter de la réalité d'un monde « actif » en perpétuelle effervescence.
Une période pétrie de contradictions, où il fallait se battre contre l'envie criante de plus de moments à soi, juste à soi, tout en sachant qu'elle serait celle que l'on regrettera le plus quand tous les moments seront à nous, rien qu'à nous, et que d'enfants il ne sera plus question.
La petite enfance est la période du simple : les joies comme les chagrins y sont faits du bois des petits riens, et c'est ce sentiment qui nous a habité lors de cette récolte de mûres.
Une femme, 2 toutes petites filles, un chemin rocailleux, des muriers sauvages à foison... et un panier à salade rempli à ras bord en guise de butin.
Et en retour, une tarte à la fois simple et un peu étudiée, une tarte qui allie douceur et piquant, sucré et acide, une tarte qui rassemble de si beaux souvenirs et qui signe la fin d'une époque.
Voilà notre tarte de filles.
J'espère que vous aurez autant de plaisir à l'essayer que nous en avons eu à la construire, au fil des jours.
Ça nous a pris 2 ans. Et des petits riens.
Ingrédients (pour une tarte rectangulaire de 36 x 12 + une tarte ronde de 16cm de diamètre)
Pour la pâte :
J'ai pêché la recette chez Clotilde, ici, que j'ai un peu modifiée. Je voulais essayer une pâte sucrée de Catherine Kluger, puisque la salée m'avait donné tant de satisfaction... Verdict : tout comme Clotilde, j'ai eu un peu de mal à la travailler (même après repos de plus d'une heure au frigo) ce qui explique que j'ai rajouté de la farine... Mais au final, pas de regrets : cette pâte réussit le tour de force d'être à la fois croquante, moelleuse et tendre... ainsi que délicatement sablée. Chapeau Catherine je dis.)
- 230 g de farine (T55 ici)
- 115 g de beurre
- 60 g de sucre cristal
- 30 g de pralin
- 1 pincée de sel
- 1 œuf
- 25 g de lait
- + QS de farine pour travailler l'abaisse.
Pour le lemon curd (une recette qui a fait ses preuves depuis longtemps, le Web en fourmille, moi je l'ai prise ici) :
- 4 citrons (soit l'équivalent de 170 ml)
- 120 g de sucre
- 1 CS bombée de Maizena
- 2 œufs
Pour la crème vanillée au mascarpone :
- un pot de mascarpone (250 g)
- 3 CS de cassonade
- 1 sachet de sucre vanillé
- 2 cc de gousse de vanille en poudre (ou une gousse grattée pour faire plus simple)
Pour la cerise sur le gâteau :
- 500 g de mûres sauvages (au jugé, je dirais une cinquantaine pour être plus précise, mais quand on a les mûriers en open bar devant soi on ne compte pas...)
Préparez la pâte plus d'une heure à l'avance.
Mélangez la farine, le pralin, le sucre et la pincée de sel dans un saladier.
Coupez le beurre en parcelles et amalgamez le du bout des doigts pour former un sable doux et humide.
Battez l'œuf et le lait ensemble, puis ajoutez les au sable formé en tournant pour bien les incorporer.
La pâte se rassemble autour de vos mains, c'est que c'est prêt.
Roulez en boule et filmez la, puis une heure au frigo (elle est un peu molle c'est normal et le restera après réfrigération, normal aussi).
Au bout de l'heure dite, préchauffez votre four à 180° et sortez la pâte. Abaissez la sur un voile de farine, en rajoutant quelques poignées de farine au fur et à mesure pour vous aider à la travailler si vraiment elle se montre récalcitrante. Mais essayez de n'avoir pas la main trop lourde, trop de farine la rendrait cassante et moins agréable en bouche.
Foncez vos moules et garnissez de poids ou de légumes secs, puis enfournez pour 25 minutes de cuisson.
Sortez les fonds de tarte et laissez refroidir.
Préparez votre lemon curd pendant l'heure de réfrigération de votre pâte à tarte.
Pressez le jus des citrons (ajoutez les zestes si vous le souhaitez), mélangez au sucre et à la maizena dans une casserole, et fouettez bien pour éviter les grumeaux. Puis mettez sur feu doux.
Battez les œufs en omelette dans un ramequin à part.
Ajoutez les au jus citronné en fouettant vivement en permanence, sur feu moyen à doux, pour éviter qu'ils ne brulent ni n'attachent, ni ne coagulent. La préparation va s'épaissir progressivement.
Tout un programme, mais au bout de vos 10 minutes de fouet vous serez ravis promis.
Lorsque le lemon curd est pris (attention il fige plus après réfrigération laissez vous une marge pour éviter d'avoir de la pâte de fruits compacte!), arrêtez le feu, mettez en pot, laissez refroidir au frigo pour 1 à 2 heures.
Quand ce temps de latence est écoulé, vous pouvez commencer à envisager le montage de vos tartes.
Mais juste avant, préparez la crème au mascarpone :
fouettez vivement le mascarpone au batteur électrique avec le sucre, le sucre vanillé et la poudre de vanille, jusqu'à obtention d'une consistance bien crémeuse et aérienne.
Réservez au froid.
Munissez vous d'une poche à douille à embout rond, et garnissez les fonds de tarte de lemon curd.
Puis lavez la poche et changez la douille pour une crènelée, et garnissez généreusement de crème vanillée.
Réfrigérez le temps de préparer les fruits.
Lavez les mûres à l'eau courante, puis séchez les délicatement et précautionneusement dans de l'essuie tout.
Disposez les mûres sur les tartes, et servez aussitôt.
La pause est maintenant terminée, on en ressort la tête pleine, le cœur un peu gros et la langue toute bleue.
Fort heureusement, la tarte est là pour me donner du courage.
